Bibliothèque Turque

Accueil > Les évènements 1915 > Prétendu(e)s > Le patriarcat Arménien-Orthodoxe

Le patriarcat Arménien-Orthodoxe

vendredi 15 novembre 2013, par Redacteur

Pleins d’affection, les sultans-califes ottomans les appellaient leurs « sujet très fidèles ». Sous le règne des Seldjoukides et des Ottomans, entre les Ile et 14e siècles, les Arméniens vécurent la période la plus heureuse de leur histoire, leur âge d’or.

Aujourd’hui, les Arméniens constituent toujours la plus importante minorité de la Turquie. Ils sont hautement respectés en tant que commerçants, techniciens, médecins, artistes et artisans. Ils jouissent des mêmes droits et ont les mêmes responsabilités que tout autre citoyen turc, sans considération aucune de leur origine.

Ce qu’on désigne aujourd’hui par « Question arménienne » fut créé par le traité russe de San Stefano en 1878.

Auparavant, la population arménienne d’Istanbul se composait de quatre groupes assez distincts. A Istanbul et à Izmir vivaient les Amiras, des Arméniens riches et d’une éducation remarquable.

En Anatolie on trouvait les Kavarangans. C’étaient des artisans et commerçants aisés dont l’influence se faisait aussi sentir dans les villes. Dans leurs coutumes, les paysans ne se distinguaient guère de leurs compatriotes islamiques. Enfin il y avait encore les montagnards qui jouissaient de privilèges et même à l’intérieur du « Millet »
arménien, de quelques libertés spéciales. Leur statut pouvait être qualifié de semi-indépendance. Le gouvernement central ottoman les laissait tranquilles.

Malheureusement, les Révolutionnaires et quelques Zélotes protestants se concentraient justement sur ces communautés rurales semi-indépendantes et y employaient toutes les ficelles de la démagogie, afin de les révolter.

Le soulèvement arménien de Zeitun est un triste exemple des méthodes prônées par leur chauvinisme sans limite.

Chaque communauté (en Turc « Millet ») de l’Empire ottoman disposait d’une autonomie assez étendue et s’administrait elle-même.

Le patriarche arménien-orthodoxe d’Istanbul était le chef spirituel de tous les chrétiens qui n’appartenaient pas à l’église grecque-orthodoxe ; outre ses propres Grégoriens,
c’étaient d’abord les églises monophysites en Asie Mineure et en Afrique, et les Jacobites, les Syriens et les Coptes égyptiens.

Comme on qualifiait de « Kopti » (Coptes), aussi les Gitans (dans l’idée qu’ils pouvaient être originaires d’Egypte), tous les Gitans de l’Empire ottoman furent en ce qui concerne le droit civil assujettis au patriarche arménien d’Istanbul.

Une autre confession sous tutelle arménienne-orthodoxe était celles des Bogomiles des Balkans. Leurs pères fondateurs, les Pauliciens, survivaient en communautés minuscules en Anatolie orientale en maintenant les traditions spirituelles du manichéisme.

L’histoire de la province d’Arménie au sens historique, et aussi celle des nombreuses ethnies qui l’habitaient, commence sous le signe de la lutte pour la domination du monde entre l’Orient et l’Occident.

Quand les Haik indo-européens, d’origine thrace et balkanique immigrèrent au 6e siècle av. J.-C. dans la province historique d’Arménie, ils arrivèrent au moment où l’Empire Urartéen s’effondrait sous les coups des Scythes.

Les Haik indo-européens nouveaux venus se mélangèrent en partie avec les Urartéens autochthones, dont la langue de type asiatique (agglutinante comme le Turc) et la civilisation supérieure exercèrent une certaine influence sur l’arménien indo-européen.

Mais au cours même de leur immigration, les Haik (les Arméniens) tombèrent sous la domination médique et, en 550, le roi des rois Cyrus s’empara de la vieille terre des Urartéens y compris les Haik récemment venus. La première mention des Arméniens qui étaient déjà un peuple dépendant sous domination persane - se trouve sur l’inscription rupestre de Behistun dans les messages de triomphe de Darius (486 av. J.-C).

Au 4e siècle av. J.-C, l’Arménie (avec l’ensemble des peuples, tribus et mélanges d’ethnies qui y étaient installés) se trouvait sous la domination achéménide et, par la suite, des Séleucides. Quand les Parthes commencèrent à exercer leur hégémonie, le prince arménien Tigran dut se rendre comme otage à la cour parthe.

Tigran II (95-55 av. J.-C.) réussit à se libérer des Parthes et à créer un royaume indépendant d’Arménie. Sa capitale fut Tigranakert (aujourd’hui Silvan, au sud-est du lac de Van). Tigran II se maria avec la fille du Roi du Pont, Mithridate Eupator, et commit l’immense erreur de se soulever, de concert avec Mithridate, contre Rome.

Lorsque le roi des Arméniens, Tigrane refusa de livrer à Luculle, chef de l’armée romaine, son beau-père Mithridate, roi du Pont, qui était devenu paranoïaque, Luculle avança vers la « Ville de Tigrane ». La cavalerie de Tigrane seule, couverte de fer et munie de lances, était plus nombreuse que l’armée entière de Luculle. Les Arméniens se moquèrent en disant que celle-ci était trop importante pour une ambassade et trop petite pour une armée. En une seule journée de bataille, le 9 octobre 69 av. J.-C, les Romains écrasèrent l’armée de Tigrane, vingt-et-une fois plus nombreuse. Le bulletin de l’armée romaine rapporte qu’il n’y avait presque pas de Romains parmi les morts.

Tigrane réussit à se sauver sans être reconnu et rencontra son beau-père Mithridate, qui fut par la suite assassiné par ses propres gens. Les peuples conquis se soulevèrent contre la tyrannie de Tigrane et rendirent hommage aux vainqueurs Luculle et Pompée.

Lorsqu’en 69 av. J.-C, le général romain Luculle l’emporta sur le roi des Arméniens Tigrane II, le rêve illusoire d’une indépendance arménienne fut définitivement brisé. S’il arrive que de nos jours des Haik s’appuient sur ce bref épisode d’une véritable hégémonie arménienne en Anatolie orientale et que des terroristes arméniens justifient leurs aspirations cela fait penser à des Mafiosi italiens aux Etats-Unis, qui se proclameraient successeurs des Romains - de Luculle ou de Trajan - pour prendre, en tant que légitimes héritiers des vainqueurs de Tigranakert, le pouvoir en Anatolie orientale.

En Europe centrale, les Hongrois pourraient réclamer Vienne parce que Mathias Corvin y a résidé pendant quelques années, et ainsi de suite. Si chaque peuple réclamait les régions qu’il a possédées à quelque moment que ce soit dans l’histoire on serait contraint d’évacuer le globe entier et de s’engager dans des guerres interminables.

Pendant de longs siècles mouvementés ce furent ou bien les Romains qui dominaient l’Anatolie orientale (Trajan, Néron, Hadrien, Dioclétien) ou les Sassanides persans.

Enfin, l’Empereur Dioclétien nomma Tiridate III, roi d’Arménie. Grégoire Parthev, un Parthe, prêcha l’évangile.

Selon les recherches les plus récentes, ce ne fut qu’après la conversion de l’Empereur Constantin, donc après 313 -probablement en 314 -, que l’Arménie, sur l’ordre du roi Trdat (Tiridate) adopta le christianisme. Selon toute apparence, la mission d’Arménie commença à partir d’Edessa (aujourd’hui Urfa). Il est prouvé qu’il y aurait eu en Arménie des communautés chrétiennes depuis le 2e siècle. Le grand convertisseur fut Grégoire Parthev Lusarevic, l’Illuminateur, qui n’était pas issu du peuple des Haik, mais un Arménien au sens propre, c’est-à-dire un habitant de la province d’Arménie. Il était, en effet, d’origine parthe.

Grégoire vivait dans la ville romaine de Césarée (Kayseri) où il se convertit au christianisme. Le roi Tiridate fit d’abord persécuter Grégoire, mais par la suite embrassa lui-même le Christianisme. Petit à petit, le peuple d’Arménie l’imita.

Le triomphe du Christianisme fut total à l’intérieur de l’Empire romain, mais aussi dans sa sphère d’inflence, en Géorgie, en Albanie (Caucase) et en Arménie. Ce développement commença à inquiéter les Persans. Julien l’Apostat, qui aurait peut-être été capable de se débarasser de la menace persane, mourra inopinément. Son successeur, Jovien, abandonna sans combattre le Caucase et l’Arménie aux Persans. Après la mort de l’Empereur Théodose en 395, l’Empire romain fut divisé en un Empire d’Orient et un Empire d’Occident. C’est en vain que les seigneurs arméniens, qui souffraient de la politique religieuse des Sassanides, marquée par l’intolérance, le fanatisme et l’antichristianisme, essayèrent de gagner plus de liberté.

Dans la bataille décisive d’Avarayr, en 451, le chef arménien, Vardan Mamikonean succomba aux Persans. Il avait supplié en vain les Byzantins de lui venir en aide.

Cette année de 451, tragiquement décisive pour les Arméniens, était aussi l’année du 4e Concile oecuménique à Chalcédoine (aujourd’hui Kadikôy, en face d’Istanbul, sur la rive asiatique).

A cause des guerres en Asie mineure, les chrétiens se trouvant au-delà des frontières byzantines ne pouvaient pas participer au Concile. La politique impériale, la politique du clergé byzantin, restait incontestée et finalement la doctrine des deux natures dans le Christ, nature divine et nature humaine, s’imposa. Les « Monophy-sites », d’abord les Arméniens, mais aussi les Syriens, les Coptes égyptiens, leurs voisins au sud en Ethiopie et l’église de l’Inde, ainsi que les Nestoriens, assez répandus en Iran, ne reconnurent pas les décisions du Concile de Chalcédoine.

Ce conflit religieux eut de lourdes conséquences des deux côtés. Il en résulta une hostilité profonde.

Les Byzantins se délectèrent avec dédain de l’affaiblissement politique et militaire des Arméniens. Ils négligeaient le fait, qu’ils sacrifiaient leur vieux rempart contre l’ennemi héréditaire persan - mais également contre les peuplades qui déjà menaçaient en Asie centrale.

C’est en 484 que les attaques persanes à l’est affaiblirent les Byzantins d’une manière décisive. Quand, une génération plus tard, l’Empereur Justinien prit le pouvoir à Byzance, il n’y avait plus trace d’une quelconque indépendance arménienne. Le pouvoir fut partagé entre Persans et Byzantins. L’Empereur Maurice même installa un nombre important d’Arméniens en Thrace, probablement leur pays d’origine.

Après les luttes entre Persans et Romains pour l’hégémonie en Arménie, Arabes et Byzantins se partagèrent le pouvoir jusqu’au moment où Byzance anéantit en 1040 les restes de l’autonomie arménienne. Déjà en 630, l’Empereur Heraklios faisait des projets pour une union ecclésiastique avec les Arméniens monophysites. Dix ans après, les Arabes le délivrèrent de ses soucis en envahissant l’Anatolie orientale et en brisant la puissance byzantine. Des victoires occasionelles des Byzantins, par exemple celle de l’Empereur Justinien, ne menèrent qu’à des tentatives vaines pour réintégrer les Arméniens de force dans l’église grecque-orthodoxe officielle.

Enfin, Byzantins et Arabes se partagèrent le contrôle sur l’Arménie, à l’exemple des traités entre Romains et Persans concernant la domination en Anatolie orientale et au
Caucase limitrophe.

Quand le prince Ashkot fut sacré roi d’Arménie, Arabes et Byzantins lui remirent ensemble les insignes du pouvoir.

L’Arménie prospérait en tant qu’état tampon semi indépendant entre les Arabes et les Byzantins et semblait être contente de cette situation.

L’intelligence des Princes arméniens, qui savaient reconnaître les limites de leur pouvoir et de ce qui était politiquement faisable, fut une fois de plus une garantie de
bien-être des Haïk.

C’est pendant cette période que les édifices somptueux d’Ani et de l’île d’Ahtamar sur le lac de Van furent construits.

La suprématie des Califes de Damas ou, plus tard, de Bagdad était tout à fait supportable. Aucun Arabe n’aurait jamais songé à importuner les Arméniens à cause
de leur confession monophysite. Tout au contraire, ils remirent aux Arméniens la tâche de surveiller les lieux saints à Jérusalem.

Sous les Bagratides et sous le contrôle arabo-byzantin les Arméniens atteignirent l’âge d’or de leur civilisation. Ani fut achevé, l’église d’Ahtamar devint le siège des
Catholicos arméniens.

Cependant, les Byzantins ne pouvaient pas résister à la tentation de tenir la dragée haute aux Arméniens monophysites, et cela malgré les bruits de plus en plus inquiétants sur des peuplades et tribus, qui semblaient disposés à marcher vers l’ouest en traversant l’Iran. Mais les Byzantins, au lieu de consolider et renforcer l’état tampon arménien obligèrent le prince dAni, Hovanes Smbat, de leur abandonner Ani inconditionellement et sans restriction.

Après son triomphe au Balkan, Basileos II, le « tueur des Bulgares », se tourna vers le Caucase et l’Arménie où il continua sa politique expansionniste avec un succès égal.

Celle-ci trouva son glorieux couronnement en Arménie sous Constantin IX : Constantin IX, Monomachos, un zélote orthodoxe sans scrupule annexa Ani, « l’hérétique » et l’incorpora à l’Empire byzantin orthodoxe.

Selon la version arménienne, le « Roi Gagik II fut contraint à Constantinople de rendre son royaume ». 1045, encore une année fatidique pour les Arméniens. A partier de 1045, l’Anatolie orientale, la région historique d’Arménie ne vit plus aucun royaume ni aucune principauté arménienne indépendante ou semi-indépendante, ni aucune trace d’une autonomie arménienne sur son sol.

Ce furent l’Empereur Basile II, le « Tueur des Bulgares », et après lui, l’Empereur Constantin IX Monomachos, qui anéantirent toute autonomie politique arménienne en
Anatolie orientale et personne d’autre.